Développement sur mesure ou acquisition de solution TI : quelle option choisir ?
Un guide stratégique dédié aux décideurs technologiques
À l’heure où la transformation numérique s’accélère, chaque organisation doit prendre une décision structurante lorsqu’elle envisage une nouvelle solution technologique : faut-il développer une solution sur mesure répondant précisément à ses besoins ou acquérir une solution existante, éprouvée et rapidement déployable ?
Ce dilemme, loin d’être purement technique, engage à la fois la stratégie, les coûts, les compétences internes et la capacité d’innovation de l’entreprise.
Dans cet article, je propose une analyse approfondie des deux approches, de leurs caractéristiques, de leurs phases de mise en œuvre et des critères à considérer pour décider s’il convient d’acheter une solution ou de la développer à l’interne.
1. La définition d'une solution en TI.
En technologies de l’information (TI), une solution désigne un ensemble cohérent de composants matériels, logiciels et services qui répond à un problème ou à un besoin métier identifié.
Elle intègre généralement des applications, des bases de données, des infrastructures réseau et cloud, des processus de sécurité, ainsi que les services d’accompagnement (formation, support, maintenance) nécessaires à son fonctionnement optimal.
Une solution TI se distingue d’un simple outil par sa dimension systémique. Elle vise à résoudre une chaîne de problèmes interconnectés.
Cette solution, qui peut être soit un logiciel ou un progiciel de gestion intégré, est donc évaluée sur sa capacité à produire une valeur ajoutée mesurable en termes de gain de productivité, d’amélioration de la prise de décision, de réduction des coûts ou de la création d’un avantage concurrentiel.
Par exemple, un système de gestion de la relation client (CRM) ne se limite pas à une application de saisie de contacts ; il relie la vente, le marketing, le service client et l’analyse de données dans un écosystème unifié.
2. Différence entre logiciel et progiciel.
Bien que souvent confondus, les termes « logiciel » et « progiciel » désignent deux réalités distinctes. Le logiciel, de l’anglais software, est un ensemble d’instructions et de programmes informatiques permettant à un système d’exécuter des tâches.
Il peut être développé spécifiquement pour un client unique — on parle alors de logiciel sur mesure — ou être distribué à grande échelle et accessible à un vaste public.
Le progiciel (contraction de « produit logiciel ») désigne un logiciel standardisé, conditionné et commercialisé comme un produit, conçu pour répondre aux besoins génériques d’un large marché. Les progiciels incluent les systèmes ERP (Enterprise Resource Planning), les CRM, les suites bureautiques ou les plateformes de gestion RH. Ils sont livrés clé en main, accompagnés de documentation, de mises à jour régulières et d’un support éditeur.
Dans la grande majorité des cas, les progiciels sont conçus pour être distribué aux entreprises utilisatrices.
En résumé ce qu’il faut retenir : tout progiciel est un logiciel, mais tout logiciel n’est pas un progiciel. Le logiciel peut être une création unique et propriétaire, tandis que le progiciel est un produit packagé, multi-clients et industrialisé.
3. Le développement sur mesure : définition et caractéristiques.
Le développement sur mesure consiste à concevoir et à réaliser une solution logicielle entièrement personnalisée, répondant de façon précise aux besoins spécifiques d’une organisation.
Contrairement à l’achat d’un progiciel, le développement sur mesure part de zéro ou s’appuie sur une architecture existante qui doit être élargie. Il vise à bâtir un système adapté aux exigences propres au métier de l’entreprise, à ses processus internes et à sa stratégie.
Les Caractéristiques principales sont les suivantes :
- Personnalisation totale : chaque fonctionnalité est conçue pour correspondre exactement aux processus métier, sans compromis ni fonctionnalités superflues.
- Propriété intellectuelle : le code source de cette solution appartient à l’organisation, qui garde le contrôle total sur son évolution future.
- Scalabilité maîtrisée : l’architecture peut être dimensionnée et optimisée pour les volumes de données et la croissance prévus.
- Intégration native : le système est conçu pour être en mesure de s’interconnecter avec les autres outils existants de l’entreprise (que ce soient les APIs, les entrepôts de données, ERPs, etc.).
- Dépendance aux compétences : tout le système repose sur le développement interne. C’est-à-dire que le maintien et l’évolution requièrent des équipes de développement internes ou un partenariat durable avec un intégrateur.
- Délai de mise sur le marché : le cycle de conception-développement-test est intrinsèquement plus long qu’un déploiement de progiciel.
4. Les phases du développement sur mesure.
Le développement sur mesure suit un cycle de vie structuré, généralement inspiré des méthodologies classiques ou agiles1.
Et quel que soit le cadre méthodologique retenu, on retrouve les mêmes phases suivantes :
- Analyse des besoins : une fois le besoin identifié, une analyse permet de le traduire en exigences. Cette phase comprend la collecte d’informations additionnelles par un analyste auprès des parties prenantes, ainsi que leur formalisation en exigences fonctionnelles et techniques.
- Conception (design) : la formalisation des exigences prend forme par la modélisation et l’élaboration de l’architecture logicielle, des interfaces, du modèle de données et des spécifications techniques.
- Développement (codage) : dans la phase suivante, on entre dans l’écriture des codes sources par les équipes de développement, avec revues de code et tests unitaires continus.
- Tests et validation : le code développé et les tests unitaires sont ensuite complétés par des tests d’acceptation réalisés auprès des utilisateurs. D’autres tests sont souvent nécessaires pour assurer la conformité de la solution. Par exemple, les tests d’intégration permettent de s’assurer que l’écriture des codes sont conformes à la demande initiale et s’intègre bien au système. Les tests de performance et de sécurité permettent d’assurer le contrôle de l’assurance-qualité, etc.
- Déploiement : c’est la phase de la mise en production et de la migration des données. A cette phase, l’entreprise s’assure qu’on bascule vers un nouveau système.
- Maintenance et évolutions : si on doit faire du développement dans un système, après chaque changement opéré une phase de corrections des bogues et des anomalies s’en suit. Cette phase s’appelle la phase des évolutions fonctionnelles et la montée des versions qui durera tout au long du cycle de vie du logiciel.
5. L’acquisition d’une solution existante et ses caractéristiques.
L’acquisition d’une solution existante consiste à acheter ou à souscrire à un progiciel déjà développé, testé et déployé chez de nombreux clients. L’organisation, plutôt que de partir à zéro et de construire une solution, opte pour un produit standard qu’elle peut configurer et paramétrer selon ses besoins.
En adoptant cette approche, l’organisation tourne plutôt vers une solution incluant des licences perpétuelles, les abonnements (SaaS)2, ou des solutions open source supportées.
Les caractéristiques principales d'une solution existante sont les suivantes :
- Maturité et fiabilité : le produit a déjà fait ses preuves sur le marché, avec un historique de correctifs et d’améliorations.
- Rapidité de déploiement : la mise en service s’effectue en semaines plutôt qu’en mois ou en années.
- Coût initial prévisible : un modèle d’abonnement ou de licence rend la dépense plus facile à budgéter qu’un projet de développement qui nécessite très souvent des réévaluations de coûts spécifiques.
- Communauté et support éditeur : accès à une base de connaissances, à des forums d’utilisateurs et à un support technique professionnel.
- Conformité et sécurité : les éditeurs maintiennent leur produit à jour face aux évolutions réglementaires et aux menaces de sécurité. La seule responsabilité de l’entreprise repose sur la mise à jour régulière de son produit à chaque requête automatique ou sur demande du fournisseur.
- Limites de personnalisation : l’organisation doit adapter ses processus au logiciel plutôt que l’inverse, ce qui peut créer des compromis fonctionnels.
6. Les phases de l'acquisition d'une solution standard.
L’acquisition d’une solution existante suit un parcours différent, centré sur l’évaluation, la sélection et l’intégration plutôt que sur la construction :
- Expression des besoins : elle consiste à procéder à une identification des besoins métier, les critères de sélection et l’analyse des couts (fonctionnalités, budget, contraintes techniques). On parle à ce niveau de l’analyse de faisabilité qui prendra forme à travers un cahier de charge.
- Analyse du marché : si le projet d’acquisition du logiciel est accepté, une étude du marché des solutions est réalisée auprès des éditeurs et des produits disponibles. C’est l’étape de benchmarking ou de présélection des solutions candidates3.
- Démonstrations et proofs of concept (POC) : après une évaluation des solutions candidates pour se rapprocher le plus possible de la solution souhaitée, une évaluation, concrète ou par simulation, des solutions présélectionnées se réalise via des démonstrations et des tests sur cas d’usage réels avec chaque fournisseur.
- Négociation et contractualisation : dans la négociation on regarde le cahier de charge et on discute les conditions commerciales, les niveaux de service (SLA) et les modalités de support. Vient ensuite la phase d’acquisition de la solution qui peut prendre la forme d’un contrat d’abonnement ou l’achat de licences perpétuelles. Dépendamment, la livraison peut être instantanée ou suivre une certaine temporalité pour laisser au fournisseur le temps de compléter d’intégralité du produit.
- Paramétrage et intégration : la configuration de la solution suit la phase de l’acquisition et la livraison de la solution. Le paramétrage facilite l’adaptation de la solution aux processus existants et intégration avec les autres systèmes.
- Formation et déploiement : l’intégration d’une solution sollicite nécessairement un accompagnement au changement, une formation des utilisateurs et mise en production progressive. C’est une période de transition charnière pour l’entreprise qui demande un suivi constant et progressif.
13. Le marché des logiciels en chiffres (2020-2025).
Pour éclairer la décision entre développement sur mesure et acquisition de solutions existantes, il est essentiel de comprendre les tendances du marché mondial des logiciels au cours des cinq dernières années. Les données ci-dessous, compilées à partir de sources reconnues (Grand View Research, Fortune Business Insights, Precedence Research, Mordor Intelligence, Ken Research), dressent un portrait chiffré de la croissance soutenue qu’a connue l’industrie.
Taille du marché mondial des logiciels.
Le marché mondial des logiciels est passé d’environ 500 milliards USD en 2020 à plus de 830 milliards USD en 2025, soit un taux de croissance annuelle composée (TCAC) d’environ 11 à 12 %. Cette expansion est portée par l’accélération de la transformation numérique, l’adoption massive du cloud et l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les solutions logicielles.
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Année |
Marché mondial des logiciels (Mds USD) |
Croissance annuelle |
|
2020 |
~500 |
— |
|
2021 |
~560 |
+12 % |
|
2022 |
~610 |
+9 % |
|
2023 |
~660 |
+8 % |
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2024 |
~730 |
+11 % |
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2025 |
~830 |
+14 % |
Le marché du SaaS (Software as a Service)
Le SaaS représente le modèle d’acquisition de logiciels standard par abonnement. Ce segment de marché a connu une croissance encore plus rapide. Selon Ken Research, le marché mondial du SaaS est passé de 168 milliards USD en 2020 à 408 milliards USD en 2025, avec un TCAC historique de 19,4 %. L’année 2024 a été marquée par une accélération de 25,4 %, portée par la commercialisation des fonctionnalités d’IA générative. Le nombre d’abonnements actifs payants est passé d’environ 900 millions en 2020 à près de 1,94 milliard en 2025.
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Année |
Marché mondial SaaS (Mds USD) |
Croissance annuelle |
|
2020 |
168 |
— |
|
2021 |
195 |
+16,1 % |
|
2022 |
229 |
+17,4 % |
|
2023 |
268 |
+17,0 % |
|
2024 |
336 |
+25,4 % |
|
2025 |
408 |
+21,4 % |
Le marché des logiciels d'entreprise
Le marché mondial des logiciels d’entreprise (enterprise software), qui inclut les ERP, CRM, HCM et SCM, était estimé à environ 291,8 milliards USD en 2025 et devrait atteindre 750 milliards USD d’ici 2033, avec un TCAC de 12,8 %. L’Amérique du Nord domine ce marché avec une part de revenus de 38 %. Les grandes entreprises représentent près de 55 % des dépenses, tandis que les logiciels de productivité captent environ 32 % du marché.
Principaux enseignements
- Le marché mondial des logiciels a presque doublé en cinq ans, passant de ~500 à ~830 milliards USD entre 2020 et 2025.
- Le SaaS est le segment à la croissance la plus rapide, avec un TCAC historique de 19,4 % sur la période 2020-2025.
- L’intégration de l’IA générative dans les logiciels a provoqué une accélération notable en 2024 (+25,4 % pour le SaaS mondial).
- L’Amérique du Nord reste le marché dominant, avec 38 à 47 % des revenus mondiaux selon les segments.
- La concentration du marché est élevée : les 10 premiers fournisseurs de logiciels d’entreprise contrôlent plus de 43 % du marché total.
Conclusion
Le choix entre développement sur mesure et acquisition d’une solution TI existante est l’une des décisions les plus structurantes de la stratégie numérique d’une organisation. Il ne s’agit pas de déterminer quelle approche est intrinsèquement meilleure, mais de choisir celle qui correspond le mieux aux objectifs métier, au budget, aux compétences disponibles et à la vision à long terme.
1Je rédigerai un article prochainement pour expliquer la méthodologie classique (cycle en V), et la méthodologie agile (Scrum, Kanban) :
2SaaS : Software as a Service
3 Certaines organisations réalisent une veille concurrentielle et technologique afin de mieux comprendre les solutions offertes sur le marché et de soutenir leur positionnement.
Sources
- Grand View Research — Software Market Size, Share & Trends (https://www.grandviewresearch.com/industry-analysis/software-market-report)
- Fortune Business Insights — Software Market Size, Share, Trend, Forecast (https://www.fortunebusinessinsights.com/software-market-111481)
- PAC Analysts — Top 10 Software & Cloud Platforms Worldwide (https://sitsi.pacanalyst.com/top-10-software-cloud-platforms-worldwide/)
- · Mordor Intelligence — Software As A Service Market Size, Share Analysis (https://www.mordorintelligence.com/industry-reports/software-as-a-service-market)
